La mesure des risques opérationnels et de marché avec les accords de Bâle

Le renforcement de la mesure des risques avec les accords de Bâle

Lors de leur mise en application en 2004, les accords de Bâle II ont introduit l’obligation pour les banques de disposer de fonds propres suffisants pour couvrir leurs risques opérationnels. Auparavant, seuls le risque de crédit et en partie le risque de marché étaient encadrés par le ratio réglementaire Cooke défini par les accords dits de Bâle 1. Le risque opérationnel se définit comme la perte potentielle pouvant résulter d’une défaillance interne du fait de procédure inadéquate ou mal employée, d’un fait d’origine extérieure comme un dommage, d’événements défavorables imputables à l’humain, aux machines, aux process, aux organisations, aux litiges. Par contre en sont exclus les risques de nature stratégique et de réputation. 

 

La mesure du risque opérationnel

 

Compte tenu de la multiplicité des causes relatives au risque opérationnel, il est difficile d’appliquer une méthode d’évaluation le délimitant exhaustivement. Néanmoins, les banques peuvent choisir entre trois modes de calcul pour le mesurer. Le premier, le plus simple, consiste à retenir 15% de la moyenne des chiffres d’affaires réalisés par la banque sur les trois dernières années. Le second, légèrement plus complexe, consiste également à appliquer un taux sur un chiffre d’affaires, mais ce taux diffère selon les lignes métier, variant de 12 à 18% compte tenu des activités de l’établissement bancaire. Enfin, la dernière option de mesure est une approche dite avancée, sur base d’un modèle interne développé par l’entreprise, à partir de données collectées et représentatives des incidents opérationnels avérés sur une période plus ou moins longue. Cette troisième méthode est généralement employée par les grands établissements bancaires car plus précise quant à la détermination des risques, mais aussi bien souvent moins exigeante en fonds propres comparativement à une évaluation standard. C’est d’ailleurs ce dernier point qui motiverait les régulateurs à peut-être abandonner la méthodologie dite avancée dans un avenir plus ou moins proche.

 

La mesure du risque de marché

 

Les accords de Bâle II ont également introduit des changements en matière de risque de marché. Celui-ci correspond à la perte potentielle du fait d’une variation défavorable de taux, de cours, de change, de liquidité, impactant les instruments financiers détenus par la banque pour son propre compte. Comme pour le risque de marché, il n’existe pas une méthode unique pour la mesure des risques encourus, mais deux. L’une est dite standard avec des taux de calcul identiques pour tous les établissements, la seconde quant à elle reposant sur un modèle interne spécifique à chaque banque. Néanmoins, même individualisée, cette deuxième méthode doit comprendre obligatoirement le suivi de la Value At Risk (VAR). Celle-ci est une technique d’évaluation et de gestion du risque de marché appliquée spécifiquement à un portefeuille de négociations et reposant sur un calcul probabiliste pour déterminer la perte maximale potentielle sur une durée donnée, avec un intervalle de confiance de 99%. Autrement dit, la banque calcule combien elle peut perdre au maximum dans 99% des cas, pendant un laps de temps donné, du fait de ses instruments de négociations.

 

Quand Lehman Brothers mesurait ses risques de marché avec la VAR

 

Si le modèle de la VAR est parfaitement prédictif et qu’il est mis en œuvre avec un degré de confiance excluant 1% des cas, la banque devrait subir une perte supérieure au montant maximal prévu 3 jours par an, pas plus, en retenant l’hypothèse d’une année comprenant 250 jours ouvrés. Pour apprécier l’efficacité de leur dispositif de VAR, les banques doivent recenser le nombre de jours pour lesquels une perte supérieure à celle modélisée a été constatée. L’établissement bancaire décide également du nombre de jours considérés comme des exceptions normalisées, c’est-à-dire combien de fois la banque accepte qu’en fin de journée ses pertes sur son portefeuille financier excèdent le montant de perte maximale estimée avec la VAR selon un degré de confiance prédéterminé. Ainsi, avec une probabilité de calcul de 99%, l’établissement bancaire peut faire exception 3 fois seulement dans l’année, ce qui limite d’autant les prises de position risquées. Plus l’intervalle de confiance est moindre, plus l’établissement bancaire accepte de prendre le risque que ses pertes sur le portefeuille financière se répètent au-delà d’un montant maximal estimé. Le nombre de jours retenus comme exceptions normalisées est ainsi un indicateur renseignant sur l’appétence de la banque au risque de marché. Cependant, un faible appétit n’est pas la garantie de pertes minimes. Lehman Brothers par exemple, refusait de perdre plus que 3 fois par an le montant maximal calculé avec la VAR. On connait la suite…

 

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