Les politiques économiques ou l'art du possible entre politique et économie

La politique pour gouverner l'économie

L’économie a la particularité d’être descriptive et explicative, d’où son caractère scientifique, mais aussi normative, ce qui en fait un élément clé du débat politique. Les résultats économiques vont même jusqu’à conditionner le destin des gouvernants. On comprend alors leurs préoccupations quant aux actions à engager dans le champ économique. Il n’existe cependant pas de recette miraculeuse en économie même si la théorie n’est pas exempte d’idéaux. On peut citer la concurrence pure et parfaite, ou encore le carré magique qui schématise l’équilibre parfait entre croissance, emploi, inflation, solde extérieur. Point de miracle donc, pour autant la fatalité n’existe pas en politique, ou alors il s’agit de renoncement. Des politiques peuvent être menées pour déterminer l’avenir économique, ceci même si rien ne garantit leur succès. Des instruments à la disposition du pourvoir existent pour tenter d’infléchir une tendance ou alors favoriser une expansion. Il n’y a pas une mais des politiques pouvant être mises en œuvre, chacune générant des effets dont l’impact n’est pas en soi positif ou négatif, mais fonction du contexte. La temporalité est ainsi un critère essentiel pour engager une action d’ampleur. Mais avant d’apprécier l’opportunité d’employer telle ou telle politique à tel ou tel moment, encore faut-il en connaître les différentes natures et leurs conséquences.

 

La politique monétaire

 

Les politiques économiques sont de trois ordres : monétaire, budgétaire, industriel. La première d’entre elles appartient, dans nombres de pays, à la banque centrale depuis que celle-ci est indépendante du pouvoir politique. L’action monétaire consiste avant tout à réguler la quantité de monnaie en circulation selon le degré d’activité économique. L’objectif est d’éviter des poussées inflationnistes en cas de surchauffe de l’économie ou à l’inverse ne pas tomber dans une spirale déflationniste lorsque la récession perdure. Néanmoins, la banque centrale n’a pas qu’une fonction régulatrice. Elle peut s’inscrire dans une démarche volontariste pour orienter le cours des choses. Les taux de refinancement des banques commerciales, les exigences en matière de réserves obligatoires, les opérations de rachat ou de vente massifs de titres financiers sont autant d’instruments à la disposition des banquiers centraux pour impacter les affaires économiques. La variation des taux directeurs sera plus ou moins contraignante pour les banques commerciales dans leurs opérations de refinancement pour l’octroi de crédits, donc à terme sur les possibilités données aux ménages et aux entreprises d’emprunter pour satisfaire leurs besoins de consommation. Les réserves obligatoires et les interventions sur les marchés secondaires quant à elles permettent de niveler le volume de monnaie en circulation, donc de rendre plus ou moins cher le coût de la liquidité.

 

La politique budgétaire

 

La politique budgétaire est de la responsabilité des gouvernants, sous le contrôle de parlementaires dans un régime de séparation de fonction. Le pouvoir exécutif a plusieurs leviers d’actions dont l’origine est liée à la structure du budget. D’un côté, on trouve les recettes avec pour l’essentiel les impôts, les taxes, les cotisations, la tarification des services publics. De l’autre les charges publiques pour le fonctionnement des institutions et la réalisation des missions régaliennes de l’Etat. A cela s’ajoute les dépenses d’investissement pour le développement et la maintenance des infrastructures. La différence entre les recettes et les dépenses constitue le solde budgétaire dont la portée n’est pas anodine. Tout déficit nécessite d’être financé en requérant à l’endettement puisqu’il n’est guère plus possible aujourd’hui de créer de la monnaie pour régler des dépenses publiques. Mais au-delà de ses modalités de financement, augmenter ou non les recettes et/ou les dépenses produit des effets macroéconomiques. En effet, il faut imaginer l’économie comme un circuit, à savoir que les dépenses des uns font les revenus des autres. En l’occurrence, lorsque l’Etat investit, ce sont autant de ressources pour d’autres acteurs économiques, lesquels dépenseront ensuite ces revenus au bénéfice d’autres agents économiques, etc…Présentée ainsi, la dépense publique permet d’impulser une dynamique économique dont le résultat serait finalement plus profitable que les coûts initialement engagées. Cette logique est celle défendue par Keynes et ses successeurs contre les tenants de la pensée libérale. Les recettes sont également un moyen d’action pour un gouvernement, avec notamment le taux de prélèvements obligatoires. La pression fiscale en effet impacte le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises, donc la consommation et l’investissement.

 

La politique industrielle

 

La politique industrielle vise à apporter un soutien public à un ou plusieurs secteurs d’activité, au travers de subventions publiques, d’avantages en nature alloués par l’Etat, de crédits d’impôts ou d’exonérations fiscales à l’attention des entreprises concernées, d’une règlementation assouplie. Cependant, ces moyens d’action peuvent être contraints par des accords internationaux limitant, voire interdisant, des actions discriminantes sur un plan concurrentiel. Les membres de l’Union européenne par exemple sont tenus de respecter des règles supranationales qui encadrent le pouvoir politique national en la matière. Ne pas les respecter expose les pays européens à des sanctions, tout comme il ne leur est pas permis de fixer des règles protectionnistes les uns à l’encontre des autres. Dans une certaine mesure, le protectionnisme est une façon de conduire une politique industrielle en taxant fortement des produits fabriqués à l’étranger pour éviter qu’ils ne concurrent trop fortement des industries locales. 

 

Les politiques économiques et la difficulté de les mettre en oeuvre

 

Qu’elle soit monétaire, budgétaire ou industrielle, une politique est efficace si avant tout elle tombe à point nommé. La temporalité est essentielle en matière de décision économique. Celle-ci aujourd’hui est à considérer à l’échelle mondiale et non uniquement sur un plan national. Les économies étant dorénavant ouvertes vers l’international, les politiques les concernant ont forcément des impacts sur les échanges extérieurs qui peuvent minorer les résultats domestiques attendus. On se souvient du plan de relance initié par le gouvernement Mauroy en 1981 consistant à employer massivement le levier budgétaire pour relancer le pouvoir d’achat des français. Sauf que cette politique fût menée à contre-courant de la rigueur alors initiée par les partenaires commerciaux de la France. Ce sont eux qui finalement récoltèrent les fruits de la relance française, une fois que l’inflation dans l’Hexagone dopée par le niveau des dépenses publiques ait ruiné la compétitivité-prix des produits nationaux. Ainsi, une action économique peut produire des effets positifs sur un plan conjoncturel tout en générant des impacts négatifs au niveau structurel. A court terme, le plan Mauroy augmentait le pouvoir d’achat des ménages et ainsi favorisait la consommation. Mais à terme, la valse des prix qui s’ensuivit engendra des pressions défavorables au commerce extérieur. « La politique est l’art du possible » disait Gambetta. En économie, tout est possible selon des horizons multiples et des temporalités différentes, ce qui rend l’exercice politique bien plus difficile encore.

 

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