Les normes IFRS et la juste valeur en débat

La juste valeur comme principe clé des normes IFRS

La comptabilité reflète la réalité. Parfois, elle la provoque. La crise financière débutée en 2007 n’aurait pas été la même avec des règles comptables différentes. Depuis le milieu des années 2000, les grandes entreprises en Europe présentent leurs comptes en normes IFRS, sur base d’un référentiel international pour des questions de comparabilité entre elles. L’intention est louable, les règles sont à internationaliser lorsque les capitaux franchissent les frontières de façon à limiter les distorsions en matière de concurrence. Par contre, le principe clé des normes IFRS prête à débat aujourd’hui encore. La juste valeur dont il est question ici consiste, lors de chaque arrêté comptable, à réévaluer nombre d’actifs et de passifs de l’entreprise, autrement dit d’ajuster le patrimoine de l’organisation à des valeurs dites de marché.

 

Approche à court-terme des normes IFRS contre vision conservatrice des comptabilités nationales

 

La juste valeur conforte une tendance « court-termiste » du capitalisme contemporain. Avec les normes IFRS, les sociétés concernées sont tenues chaque trimestre d’établir leurs comptes comme si elles étaient mises en vente le lendemain. Techniquement, il est question de présenter un bilan proche d’une mise en liquidation et cela même si l’entreprise n’a ni l’intention, ni l’obligation, de cesser son activité très prochainement. La vision de marché dominante dans les IFRS s’oppose à l’esprit conservateur de nombre de comptabilités nationales, plus inscrites dans le passé que vers l’avenir. Cette perspective est également sujette à discussion, contrevenant à des approches plus financières que juridiques. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il existe du contrôle de gestion pour retraiter les données comptables et leur donner ainsi une dimension économique. Néanmoins la conservation des valeurs évite la volatilité des résultats de l’entreprise, ce qui n’est pas le cas en réévaluant très fréquemment des éléments de bilan financièrement complexes.

 

Les normes IFRS accélérateurs de crise

 

Lors de la crise de 2007, les actifs financiers furent les plus touchés, la défiance généralisée sur les marchés financiers les entraînant dans une spirale baissière que les normes IFRS obligeaient à comptabiliser. Pourtant, tant qu’un actif déprécié n’est pas arrivé à son terme ou vendu entre temps, on ne perd pas d’argent. Une dette, quant à elle, est remboursée pour le capital convenu au contrat, et cela quelles que soient les conditions de marché au moment de l’échéance. Les IFRS n’en imposent pas moins, dans de nombreux cas, d’enregistrer comptablement toutes les variations de valeur d’éléments du patrimoine selon les prix en cours sur les marchés financiers et immobiliers. En temps de crise, ces modalités comptables exacerbent la défiance généralisée, les plus grandes entreprises voyant leurs résultats variés sensiblement à la baisse du fait des justes valeurs. Exposées ainsi à de fortes volatilités de leurs fonds propres, les acteurs majeurs de l’économie laissent l’impression de ne plus maîtriser leurs activités. Par principe la comptabilité est le miroir de la réalité. Ses déformations n’en sont donc que plus dangereuses.

 

 

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