Rédiger des recommandations d'audit de qualité

Sur la difficulté pour l'audit interne d'émettre des recommandations

Dans le cadre de sa mission, l’audit interne est amené à adresser des recommandations aux personnes auditées. Cet exercice n’est pas toujours simple puisqu’il implique la mise en œuvre d’actions correctives sur des process existants. L’auditeur peut parfois se trouver face à certaines résistances exprimées par des collaborateurs acceptant mal que leurs façons de procéder soient remises en question. L’audit interne doit savoir faire preuve à la fois de persuasion et d’autorité pour que ses recommandations soient acceptées puis réalisées par les personnes concernées. Mais au-delà de leur caractère obligatoire, les conclusions de l’audit emporteront l’adhésion des audités à condition qu’elles soient de qualité. Les recommandations n’échappent à cette règle, et leur qualité est fonction de critères précis. Cette précision d’ailleurs autorise la mise en place d’indicateurs permettant d’apprécier la capacité de l’audit interne à recommander de manière appropriée.

 

Les critères de qualité des recommandations de l'audit interne

 

Une recommandation, quel que soit sa nature et son objet, sera de qualité si premièrement elle s’inscrit dans les objectifs de la mission d’audit. Il est certes possible au cours d’investigations de constater des défaillances qui ne concernent pas l’activité ou le métier audité. Dans ce cas, émettre une recommandation serait hors de propos. Pour autant, il n’est pas question de fermer les yeux. Ces insuffisances relevées hors du champ de la mission alimenteront la planification des travaux futurs. Et dans l’hypothèse où il s’agit d’un dysfonctionnement grave, une information au Président du Comité d’audit est requise même si ce point n’était pas prévu au plan d’audit. Deuxièmement, la pertinence d’une recommandation s’apprécie selon son contenu. En l’occurrence, elle doit permettre d’annuler la cause, ou à tout le moins la réduire, d’une couverture des risques insuffisante ou d’une non-conformité. Un auditeur qui s’attacherait plus aux effets qu’aux causes en recommandant passerait à côté de son sujet…

 

La qualité d’une recommandation est également fonction de sa forme, sur un plan rédactionnel. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ! Cette célèbre maxime de Nicolas Boileau-Despréaux est parfaitement applicable pour la rédaction d’une recommandation, ceci notamment pour ne pas ouvrir la voie aux interprétations. L’échéance et l’étendue d’une recommandation doivent également être appropriées. En effet, on admettra difficilement de laisser plus d’un an à un audité pour qu’il agisse sur une cause dont les conséquences sont très dommageables pour l’organisation. Tout comme il n’est guère concevable de recommander l’emploi de moyens considérables pour une problématique mineure. Le rapport entre le coût d’une action corrective et le bénéfice que l’on en retire est primordial pour déterminer une recommandation, ceci même s’il n’est pas toujours aisé d’en faire la mesure.

 

Enfin, recommander c’est partager. Les audités bien-sûr sont concernés, mais pas seulement eux. La direction et les auditeurs le sont également. Une recommandation qui ne serait pas actée par la gouvernance, ou bien encore si elle prête à débat entre les auditeurs alors même que la mission est terminée, est très certainement mal rédigée ou inappropriée. 

 

Les recommandations comme indicateur de performance de l'audit interne

 

Les recommandations sont une composante importante du rapport d’audit. Celui-ci correspondant au produit fini de l’audit interne, sa qualité est primordiale. La mesurer et la piloter sont des impératifs comme pour toute activité. Des indicateurs de performance sont ainsi nécessaires. Pour cela, les recommandations représentent des signaux adéquats pour apprécier l’efficacité du service d’audit interne. La-aussi, la démarche s’inscrit dans une logique qualitative, nullement en matière de quantité. Il serait inapproprié de fixer au responsable d’audit interne un nombre précis de recommandations à émettre. Par contre, la pertinence des conclusions adressées aux audités peut être appréciée sur base des indicateurs suivants :

  • % des recommandations réalisées ;
  • antériorité des recommandations ;
  • nombre de recommandations abandonnées.

Conclusion

 

Les indicateurs tels que présentés ci-dessus, à condition d’en faire un suivi dans le temps, peuvent être révélateurs de difficultés rencontrées par les audités pour la mise en œuvre des actions correctives. Une analyse est alors nécessaire pour comprendre les retards et identifier le cas échéant une problématique à la source, à savoir des recommandations inappropriées émises par les auditeurs. La qualité oblige parfois à des ajustements en profondeur. Mais c’est aussi la condition pour accroître sa performance. Que l’audit interne ait à rendre compte de la qualité de ses recommandations conforte sa légitimité.

 

 

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