La crise des subprimes

La régulation financière caractérise la façon dont une société souhaite encadrer réglementairement son économie. Dans un environnement où la complexité des affaires va croissante, la réglementation financière est devenue à la fois diverse et spécialisée. L’expertise est ainsi requise pour la compréhension et l’interprétation des règles. Mais expertise ne veut pas dire exclusion. Cette dernière est à bannir en matière de réglementation financière puisqu’il est question ici d’encadrer le financement de l’économie. En ce sens, la régulation financière est de nature holistique en concernant la société dans son ensemble. Elle s’inscrit également dans un mouvement historique, évoluant à des rythmes et à des degrés différents selon la situation, que celle-ci soit dite « normale » ou post-crise. Les turbulences économiques et financières d’ailleurs impactent significativement les corpus, souvent bien plus qu’en période de stabilité. A ce propos, nous pouvons dire sans mal que la réglementation financière a connu ces dernières années, depuis 2008 précisément, de profonds bouleversements. La décennie 2000 s’est conclue sur une crise bancaire, financière, puis économique, d’une ampleur inégalée depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

 

L’enfer est pavé de bonnes intentions…La crise de 2008 fût certes enfantée par une financiarisation excessive du monde, sans garde-fou suffisant. Mais celle-ci prend également sa source dans des motivations saines. Lorsque les Etats-Unis s’engagent dans une politique d’accession généralisée à la propriété, voie politique promue par Bill Clinton et mise en œuvre monétairement par Alan Greenspan alors patron de la banque centrale américain (FED), ce dessein envisagé pour l’ensemble des américains n’a rien de néfaste ni économiquement, ni socialement. Le but était louable, c’est la façon de l’atteindre qui l’était moins. En effet, pour devenir propriétaire de leur maison, les américains se sont vus octroyer des crédits sans l’obligation de présenter des capacités de remboursement. En contrepartie, ils acceptaient des taux d’intérêts variables, donc potentiellement élevés. Ces opérations de financement, dites subprimes, ont été réalisées massivement à partir de la fin des années 90, grâce à une politique monétaire accommodante et du fait de la multiplication des réseaux de distribution. Tout ceci fonctionna très bien tant que les taux d’intérêts étaient d’un niveau peu élevé. Mais une fois ceux-ci orientés à la hausse, le coût des crédits immobiliers diffusés dans l’économie américaine augmenta considérablement jusqu’à devenir insupportable pour bon nombre d’emprunteurs. Les défauts de paiement alors se succédèrent, s’amplifièrent, générant une crise bancaire.

 

La diffusion des subprimes ne s’est pourtant pas réalisée sans que les acteurs concernés ne se soient pas préoccupés des risques inhérents à ce type de produit. Ils ont seulement pensé pouvoir transférer aisément ces risques élevés avec la titrisation, procédé permettant de transformer des crédits immobiliers en produits financiers pour ensuite être cédés sur les marchés. La titrisation présente ainsi l’avantage de partager les risques entre les investisseurs, ce qui en soi est aussi une bonne intention. Mais lorsque le nombre de crédits et de risques transformés est de plus en plus volumineux, atteignant des sommes astronomiques comme dans le cas des subprimes, la titrisation perd le bénéfice de la mutualisation des risques pour devenir virale en termes de pertes une fois que le marché des opérations « titrisées » s’effondre. En outre, la titrisation dépasse les frontières, et ainsi un risque immobilier initialement américain devient planétaire…

 

La demande en produits « titrisés » a été confortée par le discours de la FED sur le fait que les marchés étaient efficients et donc représentatifs des risques encours. La confiance pourtant n’exclut pas la vigilance. Celle-ci à l’évidence n’était plus de mise. Le fossé entre les acteurs économiques en termes d’informations, que l’on identifie comme une asymétrie consubstantielle à tout marché, s’est creusé avec la complexité croissante des produits « titrisés ». Autrement dit, les acheteurs n’avaient pas conscience des risques qu’ils encouraient, peut-être même les vendeurs non plus ! Il n’y a pourtant pas de rendement sans risque. Un produit fortement rémunérateur sans perte potentielle n’existe pas. La crise des subprimes a rappelé ces principes simples qui certainement avaient été un peu trop vite oubliés. Cette amnésie était surtout la manifestation d’une croyance presque aveugle en l’efficience des marchés et leur faculté autorégulatrice. La crise de 2008 a démontré le contraire et mis en exergue la nécessité d’une régulation financière à la fois institutionnalisée et partagée entre les pays.

 

 

Cet article s’inspire librement du Mooc « La régulation financière au service de l’économie » proposé par l’Institut Louis Bachelier (www.institutlouisbachelier.org).

 

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Commentaires: 1
  • #1

    GBAM'LAN N'gboba Jean-Michel (lundi, 17 septembre 2018 18:36)

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