Le PIB mesure-t-il le bien-être ?

Le PIB incontournable en macroéconomie

 PIB est un indicateur incontournable en macroéconomie puisqu’il mesure la création de richesses d’une économie. Il n’en fait pas moins l’objet de critiques, sur les méthodes retenues pour  le calculer et surtout pour l’interprétation qui en est faite lorsqu’il est considéré comme représentatif du bien-être. Le PIB étant déterminé sur une base monétaire, est-ce à dire que l’argent fait le bonheur ? A priori non puisqu’ici il est question d’employer la monnaie en tant qu’instrument de mesure, le PIB étant calculé à partir des transactions monétaires. Adosser le PIB au bien-être pose question, mais ce serait tomber dans la caricature que de répondre sans nuance dans un sens ou dans un autre. Il est avant tout utile d’identifier les critiques objectives portant sur la façon de calculer le PIB, et aussi de s’intéresser aux indicateurs qui sont présentés aujourd’hui comme une évaluation plus appropriée du bien-être collectif. 

 

Les critiques objectives sur la mesure du PIB

 

Plusieurs critiques sont émises à propos des éléments de calcul du PIB :

  • certains biens et services sont valorisés approximativement puisque n’existant pas sur un marché. C’est le cas des services publics notamment, dont la valeur retenue est le coût de production avec composante prépondérante les salaires versés aux fonctionnaires ;
  • les services publics sont considérés comme consommés uniquement par les ménages alors que d’autres agents en sont également utilisateurs. Ainsi, il n’est pas possible selon les règles de la comptabilité nationale d’identifier au niveau des consommations intermédiaires des entreprises, les services publics dont elles ont bénéficié ; 
  • les frais de recherche et de développement sont considérés pour le calcul du PIB comme des dépenses courantes, donc viennent en déduction du chiffre d’affaires pour le calcul de la valeur ajoutée, au lieu d’être comptabilisés en investissement bien qu’intrinsèquement ils représentent un engagement vers l’avenir ; 
  • la distinction entre consommation et investissement (Formation Brute de Capital Fixe) n’est pas toujours aisée. Certains biens sont repris en tant qu’achats consommés bien qu’ils soient durables, comme c’est le cas des véhicules par exemple ; 
  • le PIB repose sur une valeur de marché ou sur un coût de production. Le PIB exclut ainsi toute appréciation sur base de la valeur d’utilité, c’est-à-dire l’importance qu’accordent les agents économiques aux biens et aux services produits, importance qui varie selon la situation financière de ces mêmes agents.

 

Le PIB mesure-t-il le bien-être ?

 

En considérant que le bien-être collectif repose sur moins d’inégalités, sur une production nationale « propre » vis-à-vis de l’environnement, sur une préoccupation plus forte de l’avenir au lieu de l’instant, autant dire que les modalités de calcul du PIB ne s’inscrivent guère dans ces considérations :

  • le PIB est une somme agrégée, donc ne rend pas compte des inégalités entre les agents ;
  • les préoccupations environnementales sont exclues du calcul du PIB. Pour évaluer la création de richesses, on tient compte de la capacité de l’homme à transformer la nature, avec la production, sans se soucier de l’épuisement de celle-ci, au travers d’un amortissement comme c’est le cas pour le capital technique pour rendre compte de son emploi ;
  • le PIB ne rend pas compte de la soutenabilité de la croissance, sur un plan environnemental comme dit précédemment, mais aussi sur un plan social. La macroéconomie en l’état nous dit si l’on est plus ou moins riche aujourd’hui par rapport à hier, mais elle est silencieuse sur la qualité de cette richesse en termes de développement durable ;
  • le PIB représente un flux d’activités sur une période donnée. Autrement dit, on accorde ici plus d’importance à la création de richesses, le flux donc, qu’à la richesse elle-même. Le stock, donc le patrimoine, est relégué au second plan avec le PIB bien qu’il soit la somme des richesses produites par le passé et permet de s’engager vers l’avenir. Le flux en soi n’est qu’une transition, et pourtant avec le PIB son reflet importe plus que son origine.

 

Des indicateurs alternatifs pour mesurer le bien-être

 

La structure de calcul du PIB repose sur des déterminants quantitatifs. Le bien-être quant à lui est d’ordre qualitatif. Vouloir assembler les deux est certainement l’erreur initiale. Ne faut-il pas plutôt privilégier la mise en place d’indicateurs visant objectivement une mesure d’éléments qualitatifs et représentatifs du bien-être général ? De nouveaux agrégats ont fait leur apparition ces dernières années pour corriger les imperfections du PIB, dont les plus importants sont les suivants :

  • l’Indice de Développement Humain (IDH) qui synthétise, en plus du PIB, l’espérance de vie représentant l’amélioration des conditions de santé, et le niveau d’instruction reflétant la capacité d’une société à s’engager vers l’avenir ;
  • l’épargne nette ajustée, qui exprime la variation du capital entre deux périodes de production, étant entendu que le capital n’est pas exclusivement financier, mais est également de nature humaine et naturelle. On évalue ainsi le coût de l’ensemble des ressources financières, naturelles, humaines, matérielles, employées pour produire. S’agissant du capital humain, il est évalué sur base des dépenses d’éducation ; pour le capital naturel, il s’agit de la baisse stocks de ressources naturelles ;
  • l’empreinte écologique, laquelle mesure l’impact sur le sol et dans les eaux de la consommation d’une population, eu égard la production nécessaire pour satisfaire l’ensemble des besoins. L’empreinte écologique tient compte également des déchets. Cet indicateur nous dis donc à combien s’élève la trace laissée sur notre planète du fait de la consommation. Si cette trace est supérieure aux bio-capacités, ceci signifie que les facultés régénératrices de la Terre sont altérées.

En tant compte de l’IDH, la hiérarchie mondiale se trouve modifiée par rapport au classement habituel selon le PIB. Pour l’année 2015, le classement comparatif pour les 20 premières places est le suivant :

 

D'autres indicateurs que le PIB pour piloter l'économie

 

Le PIB donne un constat, la création de richesses sur une période donnée. Par contre, il ne dit rien des conditions employées pour parvenir à ce résultat. Cependant, loin de jeter le PIB à la poubelle en le caricaturant, l’indicateur emblématique de la macroéconomie devrait laisser plus de place à d’autres mesures pour le compléter, afin de disposer d’une vue aussi bien quantitative que qualitative de la richesse produite par une économie et des conditions de cette production. La question n’est pas tant de remplacer le PIB, mais que la politique économique ne soit pas quasi-exclusivement seulement pilotée en fonction du PIB et de son évolution.

 

 

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